Sénèque et les post-it |
| Ayez surtout le souci de séparer
les choses du bruit qu'elles font (Sénèque) |
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Aujourd’hui, nous disposons d’outils et de supports innombrables
pour créer et stocker des images, ainsi que des mots, des sons,
des chiffres, et cela quasiment sans limites : ordinateurs, appareils
photo, sans compter les papiers, les stylos, les pinceaux tout simplement.
Mais au temps de Sénèque par exemple, c'est-à-dire
voici 2000 ans, un quidam comme vous et moi qui n’était
pas Sénèque, et même Sénèque lui-même,
s’il devait noter ne fût-ce qu’une idée voire
bêtement une course à faire… Il n’avait pas
le moindre bout de bic, et encore moins de post-it, rien.
Du coup, Sénèque, en plus d’être Sénèque
ce qui n’est pas donné à tout le monde, était
obligé d’y réfléchir à deux fois
avant d’écrire quoi que ce soit. Ce qui lui a évité
de produire plein de choses inutiles. Par ailleurs, il n’a jamais
fait de peinture. En effet, bien que philosophe, il n’était
pas peintre. |
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Aujourd’hui,
nous avons tout sous la main : pour écrire, pour lire, pour
peindre. Sommes-nous plus sages, plus artistes, plus comblés…
Ou plus encombrés ?
Ainsi, quand nous pratiquons la peinture, nous pouvons disposer sans
difficulté de fournitures abondantes et abordables. Et de ce
fait, nous courons le risque de ne pas assez faire attention à
ce que nous faisons. Et si, pour mieux peindre, avec plus de soin
et de concentration, il fallait peindre moins, avec une attitude respectueuse
envers chaque matériau, chaque outil employé ? En prenant
garde de ne pas encombrer le monde d’œuvres inutiles et
visuellement bruyantes, d’œuvres qui font écran
à des beautés cachées, ensevelies sous le trop-plein
de tout ?
Produire moins, contempler plus. Accorder autant d’importance
au temps de peindre, au temps de voir, au temps d’oublier, au
temps.
Pour trouver l'inspiration, n'oublions pas : il faut respirer.
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Mars 2007—
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