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Pour qui je peins ? Pour quoi ? Je le sais et je ne le sais pas. Je
sais que je compose des peintures dans l’espoir de déclencher,
chez une personne au moins de temps en temps, le bonheur que j’éprouve
quand vient mon tour d’être spectateur. Souvent, devant
cette lumière, cette chaleur, cette joie que m’apportent
un livre, une musique, je me dis : moi aussi, en tant qu’artiste,
je voudrais pouvoir en donner autant, créer aussi de ce bonheur
que cet artiste-là m’a donné. Bonheur pas dans
le sens mièvre : dans le sens d’accéder soudain
à quelque chose qui nous fait nous sentir plus humain. Moins
poussière indifférente dans le cosmos. Rien que ça.
Je les imagine et je les fabrique pour où, ces peintures ?
Pour des maisons. Pour qu’elles soient des peintures de compagnie,
et accueillantes. Images fixes et paisibles, compagnes amicales et
discrètes qui permettent à l’esprit de s’arrêter,
se reposer, se livrer à la contemplation. La contemplation,
c’est le regard à l’abri de l’agression,
de l’indifférence et du racolage. C’est le regard
libre et léger.
Je les fais pour cela, ces peintures. Qu’une seule d’elle
touche une seule personne et j’ai déjà raison
d’être peintre.
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