Le non beurre, et le non argent du non beurre |
|
Octobre 2001. Soudain quelque chose finit. J’ai aimé
faire les peintures que j’ai faites, les regarder et les montrer.
Aujourd’hui j’arrête. Je me mets en jachère.
Je choisis de consacrer de précieux jours, de précieuses
semaines, des mois de vie à les quitter.
Elles m’ont beaucoup apporté, et c’est pour cela
que je les montre encore, sur ce site ou dans mon atelier. Qu’il
ne soit pas dit que j’abandonne mon travail au bord du chemin
en m’en désintéressant.
Certaines de ces peintures ont déjà rencontré
un amateur pour les adopter, et participent de la vie d’une
maison. D’autres dorment dans mes réserves et attendent
encore d’habiter quelque part. Chez vous peut-être, ou
chez votre voisin.
Aujourd’hui, je pense un peu, de loin, à des peintures
à venir. Je travaille lentement, en silence, comme une terre
hivernale loin du printemps. J’essaie de préserver mon
carré de jardin des mauvaises herbes que sont le souci de produire,
de plaire, de vendre. Notre monde est déjà plein de
marchandises et de stratégies pour les écouler, alors
je reste circonspect avant d’en rajouter.
Cette difficulté de se retenir de produire, d’exposer,
de vendre, difficulté à la fois matérielle et
existentielle (tout de suite les grands mots), ne m’apportera
peut-être rien sur aucun plan. On ne peut pas avoir le non-beurre
et le non-argent du non-beurre. Mais de la décrire me procure
déjà un certain amusement, une agréable légèreté
et ça tombe bien, c’est juste dans cette direction-là
que je voudrais aller.
|
 |
| —
11 Octobre 2001— |
| |
Post-scriptum : après un an de jachère, j’y suis
toujours. Travaillant avec la même lenteur militante, passant
de la peinture à l’écriture, des expositions aux
éditions, de la pratique à l’enseignement…
avec quelques longs détours par les aspects non artistiques
de la vie. Je constate une permanence certaine dans ce que je crois,
ce que j’aime, en dépit de tous les imprévus de
l’existence. De ce fait, ce que je produis ne change pas de
manière évidente. Après tout, le jour succède
à la nuit, le printemps à l’hiver, tout ça
n’est pas très original. Mais c’est bien. Alors
pourquoi vouloir autre chose ? |
| —
1er novembre 2002— |
Retour
au sommaire |
|