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Prétentieux ?


Pendant quelques années, j’ai donné à mes expositions de peinture ce titre prétentieux : Exercices spirituels. Aujourd’hui, je parle de la Fondation Veeska.
C’est prétentieux, bien sûr, mais sincère. Voici un petit lexique pour me faire comprendre (il n’est pas classé par ordre alphabétique, car je n’ai pas réussi à le domestiquer) :

Matière : quand je fais de la peinture, ce n’est pas avec des idées, même pour réaliser des « exercices spirituels ». Je fais de la peinture avec de la peinture. De la pâte, des outils pourvus de manches et de poils. Et je suis attaché à la consistance physique de chaque peinture, aussi unique qu’une personne peut l’être dans une famille, attaché à sa présence d’objet fabriqué patiemment à la main et qui n’existe qu’une fois.

La Fondation Veeska : elle n’existe qu’en imagination, mais elle existe.

Lenteur : il est difficile d’être lent, et pire encore d’aimer être lent, dans un monde dominé par le pouvoir de la vitesse. Aller vite pour aller où ? Produire vite et beaucoup pour qui, pour quoi ? Certains savent, moi pas. Alors je peins lentement, et j’aspire à peindre de plus en plus lentement, comme un voyageur qui préfère aller à pied qu’en avion, surtout pour se rendre au fond de son jardin (intérieur). Les personnes rapides et efficaces suivent leur nature, et moi la mienne : quand on se croise, on se plaît aussi.

  Ordre : « l’ordre est le plaisir de la raison, mais le désordre est le délice de l’imagination » (Claudel). J’aime les deux, et le jour autant que la nuit, l’hiver autant que l’été.

Paix : la paix, chacun la recherche, mais elle est souvent au-delà d’une guerre à gagner contre ses désirs contradictoires. Je suis loin de la victoire, mais je m’efforce de faire des peintures paisibles et posées pour m’en rapprocher.

Inconnu : j’ai choisi de montrer sur ce site quelques peintures parmi les centaines que j’ai faites, les milliers que je n’ai pas faites, les millions que je n’aurais pas pu faire. Derrière chaque peinture, je vous invite à sentir la présence de toutes les autres.

Maison : mes peintures sont ma maison, là où je vous reçois quand vous venez les voir. Maison avec jardin secret, autant de pièces que de peintures, beaucoup de chambres d’amis.

Familier : d’un tableau à l’autre, des formes familières réapparaissent. Ma peinture est ma maison, le lieu où j’habite et où je vous reçois. Son contenu n’est pas bouleversé régulièrement car on ne pourrait pas s’y retrouver.

Métaphysique : comme l’ordre et le désordre, le jour et la nuit, la métaphysique cohabite agréablement avec les choses familières et matérielles, et leur fait bien comprendre qu’un rien les sépare de l’abstraction pure.

Simplicité : des ronds, des carrés, des triangles, des rayures, des images élémentaires. Je cherche une peinture facile à exécuter, facile à regarder. Mais elle n’est pas toujours facile à concevoir.

Plaisir : pourquoi éprouve t-on du plaisir à peindre, à regarder certaines peintures ? C’est aussi un plaisir de ne pas répondre à cette question devant chaque peinture que l’on regarde ou que l’on fait.

Humain : certains travaillent au fond des mines, d’autres à la Bourse, ou élèvent des porcs en batterie, ou haranguent des foules. De ces différentes activités, on peut trouver certaines plus humaines que d’autres.

Jeu : existe t-il un jeu sans règle du jeu ? Une peinture sans règle de peinture ? Une règle de peinture que personne ne comprend ? Des peintures que personne ne sait voir ?

Silence : même quand on s’approche tout près, une peinture n’émet aucun son. C’est une de ses qualités. Quand on fait du bruit ou quand on parle devant une peinture, cela peut la gêner.

Solitude : une peinture est un objet solitaire qui accepte les spectateurs solitaires.

Rencontre : une peinture est un objet solitaire qui peut renoncer à sa solitude pour former un couple avec un spectateur.
— Octobre 2001— Retour au sommaire