Je ne suis pas un pommier. C’est dommage. Un pommier qui fait
des pommes, sans se poser de questions, sans tourment existentiel,
sans un ego vibrionnant qui vient se scotcher derrière chaque
pomme.
Je ne suis pas un pommier mais j’essaie. Faute de donner des
pommes croquantes et savoureuses au fond d’un joli verger,
je produis des peintures. Quand elles sont mûres, les peintures
tombent de moi et je les ramasse moi-même pour aller au marché,
pardon, à l’exposition.
Si j’étais un pommier, il vous suffirait de venir cueillir
les pommes. Mais je ne suis qu’un peintre, et l’eau,
la terre et le soleil ne me suffisent pas. Il me faut plein d’accessoires
pour vivre, pinceaux, couleurs, un atelier, une maison, j’en
oublie sûrement. Alors, en attendant ce jour où l’eau,
la terre et le soleil me suffiront, je m’efforce de réussir
des peintures aussi simples et complexes que des pommes.
Ces peintures ne ressemblent pas, absolument pas à des pommes.
Mais malgré tout, à chaque coup de pinceau, dans la
rigueur donnée à chaque ligne par-dessus la peinture
tumultueuse, je pense à l’élégance exemplaire
de l’arbre, à sa forme régulière traversée
d’accidents acceptés. Et, simple être humain,
j’essaie d’être un tout petit peu digne de lui
et de ses fruits.
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