Certaines photos expriment aussi les qualités involontaires
du réel :
L’humour de certaines collisions d’affiches
: « Jésus est le Dieu véritable du 13 au 16
janvier ». « Château de Bombon, danger de mort
».
La rigueur géométrique digne des grands artistes
du 20e siècle, créée anonymement sur les chantiers
de construction.
La profondeur métaphysique exprimée par des
lieux désertés par tout désordre, et donc par
toute vie. Puis comme sur des montagnes russes, à ces décors
mortifères succèdent des lieux chaotiques, où
se mélangent les constructions sans grâce, le racolage
opiniâtre des publicités, le mouvement brownien des
gens et des véhicules.
L’ardeur intacte d’une danseuse orientale
qui ne voit pas qu’elle est coincée entre une télé,
des meubles, des bibelots envahissants.
Il y a aussi le SDF qui ne voit pas le gros objet publicitaire
« Bonne fête maman » aux abords de la poubelle
qu’il vient de fouiller. Les solitudes de chacun dans le métro,
sur un quai de gare, dans les transports, au bureau, dans tous ces
lieux où nous sommes « anonymisés », dans
une sorte d’apnée relationnelle. Et ce petit bonhomme
de baby-foot qui a pris tant de coups, comme chacun en prend dans
une vie.
Ces photos, je n’ai pas voulu qu’elles soient très
jolies, je préfère qu’elles expriment simplement
de la bienveillance envers la vie de tous les jours, de là
où nous sommes.
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